Les Abbés de Solesmes:

     Les prédécesseurs de Dom Geoffroy Kemlin                        Dom Geoffroy Kemlin 7è. Abbé de Solesmes

Depuis la restauration de la vie bénédictine à Solesmes au XIXᵉ siècle, l’abbaye Saint-Pierre a eu sept abbés, depuis Dom Prosper Guéranger, son restaurateur, jusqu’à Dom Geoffroy Kemlin, élu en 2022. La liste officielle publiée par l’abbaye confirme cette succession.

Les sept abbés de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes :

L’histoire moderne de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes est inséparable de la succession de ses sept abbés, qui, depuis la restauration de la vie monastique en 1833, ont assuré la continuité de la communauté bénédictine, malgré les épreuves politiques, les expulsions, l’exil et les transformations de la vie religieuse. Le premier d’entre eux fut Dom Prosper Guéranger, suivi de Dom Louis-Charles Couturier, Dom Paul Delatte, Dom Germain Cozien, Dom Jean Prou, Dom Philippe Dupont et, depuis 2022, Dom Geoffroy Kemlin.

Dom Prosper Guéranger (1805-1875), premier abbé de Solesmes de 1837 à 1875, est le restaurateur de la vie bénédictine à Solesmes. Il naît le 4 avril 1805 à Sablé, dans la Sarthe. Ordonné prêtre en 1827 après ses études au séminaire du Mans, il s’intéresse particulièrement à l’histoire de l’Église et à la tradition monastique. En 1831, apprenant que l’ancien prieuré de Solesmes risque d’être démoli, il entreprend de l’acquérir afin d’y restaurer la vie bénédictine. Le 11 juillet 1833, il s’installe à Solesmes avec trois compagnons. À ce moment-là, le monastère n’est encore qu’une petite communauté et Guéranger possède surtout une connaissance théorique de la vie monastique. La communauté se développe progressivement. En 1837, il devient le premier abbé de la nouvelle communauté bénédictine. Son œuvre dépasse largement la restauration matérielle d’un ancien prieuré : il travaille à faire renaître en France la tradition bénédictine et joue également un rôle majeur dans le renouveau liturgique, notamment par son œuvre monumentale, L’Année liturgique. L’abbaye de Solesmes présente elle-même Guéranger comme celui qui a permis à Solesmes de devenir une abbaye vivante plutôt qu’un ancien monastère désaffecté. Il meurt le 30 janvier 1875.

Dom Louis-Charles Couturier (1817-1890), deuxième abbé de 1875 à 1890, succède directement à Dom Guéranger. Il naît le 12 mai 1817 à Chemillé-sur-Dême, en Indre-et-Loire, et est ordonné prêtre le 12 mars 1842. Après avoir enseigné l’histoire à Combrée, il entre à Solesmes au milieu des années 1850. Après sa profession religieuse, il est nommé maître des novices, puis devient prieur du monastère vers la fin de l’année 1861. À la mort de Dom Guéranger, il est élu abbé le 11 février 1875. Son abbatiat est marqué par de graves difficultés politiques. Les religieux sont expulsés du monastère en novembre 1880 dans le contexte des mesures anticléricales de la Troisième République. Une seconde expulsion intervient en mars 1882 après leur tentative de réoccupation. La communauté doit alors vivre dans plusieurs maisons de Solesmes et utilise l’église paroissiale comme lieu de culte. Malgré ces épreuves, Dom Couturier continue à soutenir la vie intellectuelle et spirituelle de la communauté et favorise plusieurs œuvres de restauration monastique. La Bibliothèque nationale de France confirme sa naissance à Chemillé-sur-Dême, son entrée à Solesmes et son élection comme abbé le 11 février 1875. Il meurt à Solesmes le 29 octobre 1890.

Dom Paul D,elatte (1848-1937), troisième abbé de Solesmes de 1890 à 1921, prend la direction de l’abbaye après Dom Couturier. Né en 1848, il était prieur lorsque celui-ci mourut. Son abbatiat est notamment marqué par le retour de la communauté dans son monastère : le 23 août 1895, les moines peuvent à nouveau prendre possession de Solesmes et les cloches sonnent de nouveau. La communauté étant devenue trop nombreuse pour les bâtiments existants, de grands travaux sont entrepris. La première pierre du grand bâtiment dominant la Sarthe est bénite le 21 mars 1896 et l’édifice est achevé en 1898. Deux fondations sont également réalisées sous son abbatiat, à Farnborough, près de Londres, en 1895, puis à Sainte-Anne de Kergonan, en Bretagne, en 1897. Mais son gouvernement est bientôt confronté à une nouvelle crise. La loi du 1er juillet 1901 sur les associations conduit la communauté à quitter Solesmes. Les moines partent le 20 septembre 1901 pour l’Angleterre. Ils s’installent d’abord à Appuldurcombe, sur l’île de Wight, puis à Quarr Abbey en 1908. Dom Delatte renonce à sa charge en 1921 et meurt en 1937 à Solesmes. Il a laissé plusieurs ouvrages importants, notamment des commentaires de la Règle de saint Benoît, des Évangiles et des épîtres de saint Paul, ainsi qu’une importante biographie de Dom Guéranger.

Dom Germain Cozien (1878-1960), quatrième abbé de Solesmes de 1921 à 1959, devient abbé alors que la communauté est encore en exil en Angleterre. Né en 1878 à Pleyben, dans le Finistère, il est élu abbé en 1921. Son principal événement historique est le retour de la communauté en France. Dès 1922, il organise le retour d’une partie importante des moines à Solesmes, tandis qu’un groupe demeure à Quarr. La communauté retrouve progressivement son monastère et de nombreuses vocations affluent. Sous son abbatiat, Dom Paul Bellot construit notamment la bibliothèque et le nouveau cloître. Ces bâtiments sont achevés à l’occasion du centenaire de la congrégation, célébré solennellement en 1937. La Seconde Guerre mondiale impose ensuite de nouvelles épreuves : plusieurs moines sont mobilisés, trois tombent au front en 1940 et plusieurs dizaines sont faits prisonniers. Après la guerre, la communauté reprend son développement. En 1948, une nouvelle fondation est décidée à Fontgombault, dans les bâtiments de l’ancienne abbaye. La fin de l’abbatiat de Dom Cozien est également marquée par la construction d’une nouvelle aile à l’est du monastère. Il démissionne en 1959 et meurt le 18 mai 1960, moins d’un an après avoir quitté sa charge. Sa devise était « In vinculo pacis », « unis dans la paix ».

Dom Jean Prou (1911-1999), cinquième abbé de Solesmes de 1959 à 1992, succède à Dom Cozien. Né en 1911, il exerce avant son élection la fonction de procureur de la Congrégation de Solesmes à Rome, c’est-à-dire qu’il est chargé des affaires de la Congrégation auprès du Saint-Siège. Il est élu abbé le 5 juillet 1959. Dès 1961, il entreprend la fondation de Keur Moussa au Sénégal. Cette fondation donnera naissance à une importante communauté bénédictine africaine ; les moniales de Sainte-Cécile de Solesmes fonderont également le monastère voisin de Keur-Guilaye. Dom Prou participe ensuite au concile Vatican II comme Abbé président de la Congrégation de Solesmes. Il prend notamment part aux travaux concernant la liturgie. À son retour, il accompagne la communauté dans les transformations qui suivent le Concile, avec le souci, selon l’abbaye, de s’adapter à son époque tout en restant fidèle à l’intuition de saint Benoît. Il résigne sa charge en 1992 et meurt à Solesmes le 14 novembre 1999. Sa devise était « Coram ipso », « en sa présence ».

Dom Philippe Dupont, sixième abbé de Solesmes de 1992 à 2022, est élu le 2 octobre 1992. Né en 1946, il reçoit comme devise « Quae sursum sunt sapite », tirée de l’épître aux Colossiens (3,2), que l’abbaye traduit par « savourez les choses d’en-haut ». Son abbatiat est marqué par la volonté de maintenir l’idéal monastique et contemplatif propre à Solesmes. À sa demande, l’évêque du Mans ouvre la procédure en vue de la béatification de Dom Guéranger. En 1997, Dom Dupont entreprend également la fondation d’un monastère bénédictin en Lituanie, à Palendriai, en envoyant une dizaine de moines de Solesmes. L’église du nouveau monastère est consacrée le 7 juin 2002. Après près de trente années à la tête de Solesmes, Dom Philippe Dupont présente sa démission au pape François en 2022 ; celle-ci est acceptée le 19 avril 2022.

Dom Geoffroy Kemlin, septième abbé de Solesmes depuis 2022, est élu le 17 mai 2022 par la communauté de Solesmes et les supérieurs des monastères de la Congrégation de Solesmes. Il était auparavant prieur de l’abbaye. L’abbaye indique qu’il avait alors 43 ans. Il devient également Abbé président de la Congrégation de Solesmes. Sa devise est « Fratres in unum », « des frères unis », exprimant son intention de favoriser l’unité dans la communauté et dans la Congrégation. Sa bénédiction abbatiale est célébrée le 14 juillet 2022. La cérémonie est présidée par Mgr Yves Le Saux, alors administrateur apostolique du diocèse du Mans. Au cours du rite, Dom Geoffroy reçoit notamment la Règle de saint Benoît, l’anneau, la mitre et la crosse, signes de sa charge abbatiale. Il est ainsi le septième abbé de Solesmes depuis la restauration de la vie monastique au XIXᵉ siècle.

Ainsi se dessine une succession de sept abbés qui correspond à près de deux siècles d’histoire bénédictine renouvelée à Solesmes : Dom Prosper Guéranger (1837-1875), Dom Louis-Charles Couturier (1875-1890), Dom Paul Delatte (1890-1921), Dom Germain Cozien (1921-1959), Dom Jean Prou (1959-1992), Dom Philippe Dupont (1992-2022) et Dom Geoffroy Kemlin (depuis 2022). Cette succession ne doit pas être confondue avec celle des anciens prieurs de Saint-Pierre de Solesmes avant la Révolution française : la liste des « sept abbés » concerne la période moderne, commencée avec la restauration de la vie bénédictine par Dom Guéranger

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